Vue aérienne de Liberty Island et de la statue de la Liberté, au sud de Manhattan, dans l'Upper New York Bay ("baie supérieure de New-York"), prise d'un hydravion Wright Model B piloté par l'aviateur américain Frank Trenholm Coffyn (1878-1960), en 1912. Offerte par le peuple français aux Américains, en signe d'amitié, et dévoilée au grand jour le 28 octobre 1886 en présence du président Grover Cleveland (1837-1908) pour le centenaire de la Déclaration d'indépendance américaine, la statue de la Liberté construite en cuivre patiné de vert-de-gris, repose sur un piédestal en placage de granite rose du Connecticut. Elle représente une femme drapée dans une toge, coiffée d'un diadème à 7 branches, brandissant une torche de la main droite et tenant dans sa main gauche une tablette qui porte la date de la Déclaration d'indépendance des États-Unis (1776). Frank Trenholm Coffyn est né à Charleston, en Caroline du Sud, en 1878. Fils d'un riche banquier, il se passionne pour le ‘plus lourd que l'air' après avoir assisté aux vols de l'aviateur français Louis Paulhan (1883-1963) à l'hippodrome de Jamaica, sur Long Island (New York), en mars 1910. Son père connaît l'un des membres du conseil d'administration de la Wright Company et organise une rencontre entre Coffyn et l'aviateur Wilbur Wright (1867-1912), qui est venu à New York avec son avocat pour voir voler Paulhan. Wilbur invite Coffyn à Dayton (Ohio), où il commence à apprendre le pilotage en mai 1910. Coffyn vole avec l'équipe de la Wright Exhibition Team jusqu'en décembre 1910, participant aux exhibitions aériennes d'Indianapolis (Indianapolis Motor Speedway, en juin), de Montréal (La Grande Semaine d'aviation de Montréal, à Pointe-Claire, en juin-juillet), d'Atlantic City (Atlantic City Aero Meet, en juillet), d'Asbury Park (Asbury Park Aviation Meet, à Interlaken, en août) et de bien d'autres endroits. Il est souvent accompagné de sa femme, Louise Adams, et de leur jeune fils, Kingsland. Coffyn est connu pour être un aviateur prudent et fiable, respectant à la lettre les règles de sécurité établies par les frères Wright. Il forme ensuite des pilotes à Dayton, dans l'Ohio, et livre des appareils à l'armée américaine, au Texas. En 1912, il est engagé par la Vitagraph Film Company, une société de production de cinéma américaine, pour tourner les 1ères images aériennes de la ville de New York. Coffyn utilise un Wright Model B équipé de flotteurs construits par la Mayea Boat & Aeroplane Works, une société basée au Michigan commanditée par Russell A. Alger Jr. (1873-1930), le vice-président de la Packard Motor Car Company. La revue hebdomadaire illustrée "Terrae latinae" mentionne cette 1ère dans un entrefilet de sa rubrique "La navigation aérienne" (édition du 2 mars 1912) : "L'aérohydroplane américain construit par Frank Coffyn a fait dernièrement un vol remarquable avec passagers, au-dessus de la ville de New-York. Au cours de ce vol, il a pu prendre de remarquables photographies." La légende originale de ce cliché est également donnée : "New York - Vue de la statue de la Liberté à l'entrée du port de New-York - Photo prise d'un aérohydroplane par un passager de M. Frank Coffyn." "Ciné-journal", l'organe hebdomadaire de l'industrie cinématographique, présenté dans son numéro du 15 juin 1912 une publicité de la Vitagraph Company qui présente ses dernières productions. Parmi les titres proposés, on découvre le voyage de Coffyn : "Faites faire à votre public une promenade qu'il ne fera probablement jamais en projetant sur votre écran notre dernière nouveauté 'Au-dessus de New-York en hydroaéroplane' - Péripéties merveilleuses d'un vol fait spécialement pour The Vitagraph Co par l'intrépide aviateur américain Frank T. Coffyn - Nota : la plupart des phases de ce périlleux exploit sont prises de l'hydroaéroplane même". L'aviateur envisage alors à l'époque de créer une société pour louer ses services de taxi-aérien, une solution pratique et sûre pour garantir le déplacement des New-Yorkais. "La Revue aérienne" du 25 avril 1912 publie ses déclarations à la presse américaine : "Frank Coffyn, l'un des meilleurs aviateurs américains, raconte notre confrère ‘Le Standart', a l'intention de louer un hydro-aéroplane comme taxi-cab. A la suite d'une discussion star la sécurité des aéroplanes, il a fait la déclaration suivante : ‘II serait intéressant de savoir combien il y a de gens à New-York qui seraient désireux de faire une promenade en aéroplane. Construire un appareil coûte cher et je ne puis, autant que je le voudrais, inviter des gens à m'accompagner gratuitement. Mais j'emmènerai des passagers, hommes ou femmes, en partant d'un des pontons du North River ; j'irai jusqu'à la statue de la Liberté que je doublerai et je reviendrai à mon point de départ. Tout cela pour une somme qui ne ruinera pas mes passagers. Mon hydro-aéroplane est à mon avis, un moyen de locomotion infiniment plus sûr qu'un taxi-auto ordinaire de New-York. Certes, je me sens infiniment plus tranquille sur mon appareil que dans un taxi dont le chauffeur s'efforce de m'emmener le plus rapidement possible à travers les rues encombrées de New-York sans prendre la moindre précaution, soit pour ma sécurité personnelle, soit pour celle des passants. Son seul désir en effet, est de faire plus tôt une autre course.' Il sera intéressant, ajoute notre confrère, de voir quelles offres répondront à cette invitation."
© Monde et Caméra/ Coll. musée de l'Air et de l'Espace - Le Bourget MC 8117
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